Eudes Séméria psychologue
Psychologue - Psychothérapeute à Paris 15

Une philosophie de la désobéissance pour tout changer (5)

Désobéissance sociale

5 – Apprendre à désobéir

 

            Quel est l’objet de la réflexion que je propose ici ? Certainement pas de constituer un projet politique. Il s’agit plutôt d’une tentative d’explorer de nouvelles voies d’actions individuelles fondées sur le respect de soi, de sa dignité, de sa liberté. C’est même tout le contraire d’un projet politique au sens strict puisque l’intention ici est fondamentalement psychologique. Les questions qui se posent sont les suivantes : dans quelle mesure ai-je tendance à obéir aux injonctions de la société jusqu’à me nier moi-même ? Comment puis-je y désobéir ? Quelle morale, enfin, puis-je constituer à partir de cette désobéissance sociale – et donc comment puis-je mettre en accord ce qui me semble bien pour moi et ce qui me semble bien pour les autres ?

Il y a évidemment, une grande part de subjectivité dans « ce qui me semble bien » pour moi et pour les autres. C’est pourquoi la recherche peut prendre comme point de départ la souffrance, en particulier la souffrance que nous nous infligeons nous-mêmes du fait de notre obéissance. Pourquoi courons-nous ? Pourquoi accumulons-nous ? Pourquoi acceptons-nous de renoncer de nous-mêmes à notre vie privée, à nos possibilités de choisir et d’agir librement ? Pourquoi acceptons-nous avec tant d’empressement et de docilité de déléguer nos responsabilités ? Autant de questions auxquelles chacun pourrait répondre pour lui-même. Nous nous situons bien à un niveau proprement psychologique (et philosophique), ce qui fait toute la différence avec d’autres approches tentées jusqu’ici pour changer la société et qui réclamaient d’abord un changement collectif. Autrement dit, le postulat est que pour changer le monde, il faut d’abord être en mesure de se changer soi-même. Une phrase qui, certes, a été déjà prononcée de nombreuses fois dans l’histoire mais sans jamais s’accompagner d’un « mode d’emploi ». Il est vrai que toutes les réflexions sur ce thème ont toujours pris pour acquis que l’obéissance est première. L’obéissance seule, à travers le rassemblement de militants, la concertation, l’élection d’un chef, est censée permettre le changement social, c’est-à-dire une nécessaire désobéissance à l’ordre établi. N’y a-t-il pas un paradoxe ? Comment, en effet, l’obéissance de principe peut-elle être le fondement ou le préalable à la désobéissance ?

Ce que j’entends proposer est un cheminement exactement inverse : une prise de consciences de nos obéissances non questionnées, à titre individuel, avec l’espoir d’une éventuelle convergence de nos actions dans une sorte de résonance sociale.   

Nous sommes certainement loin de pouvoir imaginer ce que cela pourrait donner et des délais dans lesquels cette résonnance sociale pourrait apparaître (comme apparaissent par exemple des modes, des tendances de fond). Mais après tout qu’aurions-nous à perdre à mieux maîtriser nos vies ?

Il ne nous manque que d’apprendre à désobéir. C’est tout le projet.


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