Eudes Séméria psychologue
Psychologue - Psychothérapeute à Paris 15

Le harcèlement fusionnel en thérapie

En thérapie

La prise en charge de l’adulte fusionnel

Tout adulte fusionnel, à partir du moment où il est socialement inséré, peut se libérer de sa dépendance et de son illusion de fusion. A cela, deux conditions préalables :

1) qu’il fasse la démarche en thérapie pour lui-même et non pour satisfaire la demande d’un autre ;

2) qu’il accepte de s’engager dans un changement personnel.

Que fait-on en séance ?

Le travail thérapeutique consistera d’abord à faire un tour d’horizon des modes de dépendance de la personne : à quoi, et de qui est-elle dépendante ? De quelle manière ? A quel point ? Les réponses à ces questions (et à d’autres) émergeront en grande partie de l’exploration des quatre axes de la personnalité fusionnelle (voir Définition et questions fréquentes). Ces quatre axes sont :

 

  • la peur de grandir
  • la peur de s’affirmer
  • la peur d’agir
  • la peur de se séparer

 

Pour vous évaluer sur ces différentes dimensions, il vous est possible de vous reporter à la « liste d’exploration » (voir sous-menu Exploration). Attention : vous n’y trouverez pas un questionnaire ni un test mais une liste de pensées ou d’assertions fréquentes chez les personnes fusionnelles et dont vous pourrez estimer si elles sont proches ou éloignées de vos propres pensées.

Pour résumer la suite du travail thérapeutique, disons simplement que ce travail s’articule autour des points suivants (voir aussi, plus bas, la prise en charge de l’aidant) :

 

  • Se retrouver soi-même. Il s’agit ici d’identifier ce que l’on ressent, ce que l’on pense, ce que l’on fait, afin de se reconnecter avec soi-même de manière plus authentique. C’est là un travail de découverte de soi toujours très étonnant et bénéfique, qui prépare les « leviers » concrets du changement.

 

  • "Tuer l’angoisse". La plupart des personnes fusionnelles finissent par être envahies par une angoisse massive (c’est la cause principale de leur démarche de consultation). Cette angoisse découle directement du refus de vivre (voir plus haut les quatre refus). Or, il faut savoir qu’il existe un système de « vase communicants » : plus une personne se confronte à ses peurs, moins elle s’avère angoissée. En séance, les peurs sont identifiées grâce à de simples questions comme : « Qu’est-ce que vous voudriez ou devriez faire mais que vous ne faites pas parce que vous en avez peur ? ». Il est très simple de dresser une telle liste. Après quoi, il s’agit de se confronter à ses peurs quotidiennes, avec à l’esprit la formule : « La peur tue l’angoisse. Il est facile, pour tout patient de constater lui-même les effets thérapeutiques puissants d’une telle pratique. Dans le cas particulier de la dépendance affective, il va de soi que les peurs à affronter concerneront souvent le lien à autrui. Ainsi le patient devra-t-il toujours travailler à s’autonomiser, à gagner davantage son indépendance, par exemple en ne se faisant pas systématiquement accompagner partout, en ne recherchant pas la transparence avec ses proches, en cessant de déléguer la résolution de ses problèmes, en renonçant à être validé sans cesse par autrui (recherche de conseils, d’encouragements, d’autorisations.), etc. En général, les crises d’angoisse s’estompent rapidement (une à deux semaines) et l’état dépressif régresse lui aussi très vite.

 

  • Construire un changement de soi. On notera au passage que toute la thérapie, quels qu’en soient les modalités concrètes, est fondée sur l’idée de responsabilité, c’est-à-dire sur l’idée que plus j’accepte de voir, savoir, et savoir faire ce qui me concerne personnellement, moins je suis vulnérable aux troubles psychiques ou à la perte de repères et de sens. Mais qu’est-ce que « se projeter » ? C’est construire un changement de soi. La guérison est étroitement liée à cette capacité existentielle à assumer un avenir et à le construire concrètement, sur les plans personnel, professionnel, etc. Progressivement, une forte dynamique d’engagement dans la vie apparaît, la personne reconnaissant mieux sa « place » dans la société, sa « personnalité », ses objectifs.

Combien de temps dure la thérapie ?

La thérapie peut donner ses premiers résultats dans les premiers jours et les premières semaines. Mais le travail de changement doit néanmoins se poursuivre au minimum six mois voire un an, parfois un peu plus. Cette durée peut paraître importante mais il n’en est rien. Tout changement durable nécessite de nombreux aménagements et surtout un véritable engagement. En fait, la durée et les effets bénéfiques de la thérapie dépendent en grande partie de l’engagement de la personne.

Les prises en charge de l’aidant en situation de harcèlement fusionnel

Dans toute situation de harcèlement fusionnel durable, les aidants – et en particulier l’aidant principal, poursuivent eux aussi une « illusion de fusion », redoute la séparation avec ce proche qu’ils tentent d’aider. Un accompagnement psychologique – plus qu’une « thérapie – peut alors être indiqué. Plusieurs types d’approches sont envisageables.

 

En thérapie existentielle, En plus de l’analyse précise de la situation de harcèlement et des modes de dépendance à autrui, le travail de l’aidant portera schématiquement sur trois points principaux (les citations sont extraites de « Le harcèlement fusionnel », E. Séméria, Albin Michel 2018) :

 

  • Ne plus chercher à tout contrôler, cesser de surveiller constamment le proche en détresse  car « il est impossible de faire face à toutes les éventualités de la vie à la place d’autrui, il est impossible de se substituer à celui que l’on veut aider, il est impossible de vouloir ou de choisir pour lui, et de vivre à sa place. Autrement dit, se dégager de la relation fusionnelle, c’est prendre en considération le fait qu’il y a entre soi et le proche en détresse (comme, du reste, entre tous les individus) une distance irréductible et infranchissable. C’est oser vivre sans l’autre, et mieux encore, oser vivre pour soi et par soi. »

 

  • Renoncer à porter les responsabilités d’autrui : « L’aidant devra ainsi apprivoiser la distance entre lui et le proche en détresse, par exemple en se débarrassant de sa conviction qu’il est toujours urgent d’agir, en cessant, encore une fois, de réagir systématiquement à toutes ses demandes d’aide ou de proximité, et en renvoyant inlassablement le proche en détresse à ses propres choix et à leurs conséquences. Un bon moyen d’agir dans ce sens consiste à rejeter les deux exigences fondamentales que l’adulte en détresse affective adresse à ses aidants :

 

 « Tu es entièrement responsable de moi »

« J’ai tous les droits, tu as tous les devoirs »

 

  • Ne plus renoncer à soi : « Chacun sait bien qu’aider autrui anesthésie efficacement la sensibilité aux enjeux ultimes de sa propre existence. Quand on se consacre pleinement (fusionnellement) à quelqu’un d’autre, il ne semble plus si urgent de se poser de questions sur soi. On s’oublie. C’est pourquoi tout aidant cherchant à se libérer du piège fusionnel devra se rappeler lui-même à son bon souvenir, vivre sa vie, se prendre davantage en considération, faute de quoi il continuera littéralement à se vider de son énergie en pure perte. »

 

Les autres thérapies. A côté de la thérapie existentielle, il existe d’autres thérapies indiquées dans la prise en charge des personnes en situation de harcèlement fusionnel. En particulier :

 

  • les psychothérapies systémiques familiales

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Therapie_familiale

 

  • les psychothérapies cognitives et comportementales

Voir : http://therapie.cognitive.free.fr/principes.html

Les ressources associatives

Tout aidant pourra également rechercher un soutien auprès des associations d’aidants, comme par exemple l’Association Française des Aidants.

Voir : http://www.aidants.fr/

Illustration : Le Baiser, Gustav Klimt (détail)

Eudes Séméria à Paris 15

Eudes Séméria psychologue

3, rue d'Alleray
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