Eudes Séméria psychologue
Psychologue - Psychothérapeute à Paris 15

Désobéissance sociale

4 – L’individualisme solidaire

 

            S’il importe de désobéir aux injonctions sociales, ce n’est certes pas pour imaginer une philosophie de vie qui fabriquerait, fort paradoxalement, de nouvelles injonctions auxquelles nous devrions nous plier. Le dogmatisme, en effet, est le risque universel encouru par toutes les idéologies, y compris les idéologies de la « libération » ou de la « liberté », à commencer bien sûr par le communisme et le capitalisme.

D’où l’idée de plus en répandue, en particulier dans certains milieux écologistes, qu’il vaudrait mieux agir seulement pour soi, « à son petit niveau » et selon ses moyens et ses convictions. On se moquera alors d’une telle idée en disant, au mieux, qu’une goutte d’eau ne saurait rien changer, au pire, que l’autosuffisance de chacun tendrait en fait au repli sur soi et à l’individualisme. On soulignera, non sans raison, qu’un tel mode de vie ferait primer les intérêts de l’individu (liberté, autonomie) sur ceux du groupe, et pourrait s’apparenter à l’égoïsme si ce n’est tout simplement à l’anarchisme.

A l’opposé, on reprochera aux idéologies collectivistes (socialisme, nationalisme) de privilégier l’intérêt collectif plutôt que celui de l’individu, jusqu’à parfois restreindre ou nier les libertés individuelles.

En réalité, il n’est pas possible de choisir un camp. L’individualisme, dans son principe, nie la société ; le collectivisme nie l’individu. Il semble donc raisonnable de trouver une position qui puisse concilier les deux. Mais le risque sera alors de retomber dans une société de faux-semblants, comme la nôtre, où les intérêts particuliers instrumentalisent bien les intérêts collectifs; une société dans laquelle le principe de l’autorégulation, grâce aux relations contractuelles, est censée trouver peu à peu un équilibre satisfaisant… Or, il suffit de lire les conditions d’utilisation de n’importe quel site internet ou logiciel pour constater qu’un tel système prétendu libre et contractuel ne fait que laisser libre cours à l’arnaque généralisé (je ne m’étendrai pas ici sur l’état de nos hôpitaux, de nos écoles, etc.)

L’individualisme et la liberté ne sont cependant pas à rejeter. L’individu a bien une valeur en tant qu’individu, valeur qui n’a de sens que s’il est libre. Quant à la société, elle est la condition indépassable de l’existence de l’individu.

Or, le concept de « désobéissance sociale » permet justement de concilier les deux puisqu’il conduit à l’idée « d’individualisme solidaire ».

L’individualisme solidaire signifie ceci : chacun peut agir au mieux de ses intérêts, de manière isolée mais dans un esprit de solidarité avec les autres ; ou, pour le dire de manière plus ramassée : « chacun pour soi et chacun pour tous ». Une utopie de plus ? Peut-être, mais seulement dans un contexte où chacun continuerait à obéir à son insu aux injonctions sociales. Il faut donc bien noter que l’idée d’individualisme solidaire n’a pas de sens en dehors d’une philosophie cohérente de la désobéissance sociale.

Mais que peut-on en attendre, concrètement ? Imaginons que nous disposions tous d’un cadre théorique permettant de repérer, de comprendre et de désobéir aux injonctions sociales. Imaginons encore que parmi ces injonctions à rejeter, se trouvent nécessairement ces idées selon lesquelles le changement ne peut passer que par le rassemblement d’un grand nombre de personnes amenées à manifester, à signer de pétitions, etc., afin d’être en position de négocier avec les pouvoirs en place… Imaginons seulement que nous rejetions tout cela par principe : que resterait-il ? Des actions individuelles, concrètes, quotidiennes, réellement et librement pensées par chacun sur fond de solidarité avec tous les autres. Au fond, il est ici question – de manière bien ironique - d'une certaine « distanciation sociale » car la désobéissance sociale implique que nous agissions ensemble sur le plan moral, mais sans concertation ni mot d’ordre, ni représentants, ni "chefs", ni actions collectives. Ce qui ne signifie pas que chacun ne puisse pas recourir à un fonds commun de concepts, d’outils, d’informations, ni qu’il doive se passer d’échanges et de débats pour régler sa conduite.

A ce stade, on sera peut-être perplexe sur le réalisme et l'utilité d'une telle philosophie. Il faut être plus précis.

 


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