Eudes Séméria psychologue
Psychologue - Psychothérapeute à Paris 15

Désobéissance sociale

 

2 – Le vrai confinement n’est pas là où on croit

 

Nous parlons de "confinement" depuis que nous sommes tous assignés à résidence. D’après le CNRTL[1] le confinement a d’abord désigné « l’isolement d’un prisonnier » puis « le fait d’être enfermé dans des limites étroites ». Le mot semble convenir parfaitement à notre condition actuelle bien que nous ayons malgré tout des permissions de sortie. Naturellement, nous attendons maintenant d’être libérés.

Pourtant, qu’avons-nous vraiment perdu à rester confinés ?

Le désir inepte de consommer à outrance, la course continuelle dans les transports en commun, la promiscuité, les objectifs inatteignables, la pression ?

Qu’avons-nous gagné ? Peut-être une autre perception du temps, de nous-mêmes, ainsi que l'intuition que nous passons le plus clair de notre temps à être "quelqu'un d'autre"...

De sorte que loin de nous sentir « confinés » nous avons pu, en fait, nous sentir en quelque sorte libérés.

Dès lors, le vrai confinement ne serait-il pas ce que nous appelons d'ordinaire « la vie normale » ? Ne vivons-nous pas tout au long de l’année, sans même nous en rendre compte, dans un confinement sévère de la pensée ? Ne sommes-nous pas persuadés à tort d'être libres alors que nous sommes en réalité enfermés dans un ensemble d’injonctions qui régentent notre pensée et notre vie ?

Il s’agit bien ici d’injonctions, c’est-à-dire de principes qui contraignent implicitement nos pensées et nos comportements. Quelques exemples généraux : Soyez "performant", "productif", "efficace", allez toujours au plus pratique, réussissez par l’argent, soyez "rapide", consommez, acheter, jetez, rachetez, soyez "compétitifs", "obéissez"...

 

A vrai dire, je ferai plus loin une liste beaucoup plus longue et détaillée. L’essentiel du propos ici est de montrer que, dans ce que nous appelons la « vie normale », nous sommes bien « confinés », contraints par tout un ensemble d’injonctions sociales. Or, ces injonctions possèdent une logique interne, une cohérence, et même une origine : la Révolution industrielle. En effet, ces injonctions qui commandent nos désirs et nos vies à notre insu ne sont que les équivalents modernes des ordres donnés aux ouvriers dans les usines du 19ème siècle. Ainsi, même dans ce que nous croyons être notre vie privée, nous ne sommes en réalité, encore et toujours, que des ouvriers.

Pour nous en convaincre, regardons simplement à quoi ressemblent notre cuisine ou notre salon : de véritables petites usines, remplies de machines qui, précisément, nous amènent à être productifs, rentables, rapides, consommateurs, et finalement complètement insouciants de ce que serait une véritable liberté.

Certains évoqueront par métaphore la "Caverne de Platon", d'autres "La Matrice", ou encore "1984" de G. Orwell. Mais qui pouvait imaginer que cette situation subtile aurait finalement pour nom le triste mot de "Confinement" ?

Il conviendrait maintenant de décrire ces "injonctions sociales" - dont la réalité ne fait pas de doute - et la manière dont elles nous enferment et nous poussent à fabriquer une vie, une société, un monde dont nous ne voulons pas.

Ce faisant, et sachant que toutes les tentatives faites pour s'y opposer au cours de l'histoire ont échoué, nous aurons nécessairement à nous demander ce que pourraient bien être les alternatives possibles.

 

[1] CNRTL : Centre National de Ressources Textuelles et Linguistiques


Articles similaires

Illustration : Chambre à New York (détail), Edward Hopper

Derniers articles

Catégories

Réalisation & référencement Créer un site internet de psychologue

Connexion

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'installation et l'utilisation de cookies sur votre poste, notamment à des fins d'analyse d'audience, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée.