Eudes Séméria psychologue
Psychologue - Psychothérapeute à Paris 15

Une philosophie de la désobéissance pour tout changer (3)

Désobéissance sociale

3 – Désobéissance civile et désobéissance sociale

 

La révolte face à l’ordre établi et face aux « puissants » prend toujours la même forme : les « faibles » comptent sur leur nombre et leur solidarité, avec des succès variables et jamais vraiment durables. Associations, partis, syndicats, manifestations, actions collectives diverses peuvent opérer, certes, une certaine pression, voire même renverser des régimes, mais avec des conséquences parfois désastreuses et pour un gain finalement assez dérisoire ou provisoire. En serions-nous là autrement ? Des générations entières se sont battues pour cette liberté qui nous tient à cœur, et pourtant, nous nous découvrons impuissants face à ces multinationales ou ces États qui veulent nous tracer, faire commerce de nos données et nous surveiller en permanence ; impuissants aussi face à ces autres qui introduisent des produits toxiques dans la nourriture, qui exploitent et détruisent la planète, qui font profit de la maladie, de la détresse, de la vieillesse, et même de la mort.

Faut-il encore une fois tout brûler, recourir à la révolte et à la violence, faire table rase du passé ? Certainement pas. L’histoire nous enseigne que les pouvoirs corrompus que l’on croyait détruits (essentiellement politiques et économiques) renaissent inévitablement de leurs cendres pour circonvenir les idées les plus généreuses et les tourner à leur avantage.

D’un autre côté, force est de reconnaître que la non-violence elle-même a échoué, malgré quelques succès. Ce qu’on appelle la « désobéissance civile » appelle à transgresser délibérément les lois considérées comme iniques – considérant à la suite de la Boétie[1] que si le peuple n’obéit pas, l’État perd sa force. Gandhi ou Mandela, parmi quelques autres, ont montré, en effet, qu’il était possible, parfois, d’obtenir quelques résultats. L’ennui, c’est que la désobéissance civile ne fonctionne, en vérité, que si elle est portée par un Gandhi ou un Mandela. Et nous n’en avons pas sous la main. Ce sont là, hélas, les limites de la non-violence et de la désobéissance civile. D’ailleurs, malgré leur éthique et leur courage, même ces personnalités n’ont pas empêché le monde de s’enferrer dans l’autodestruction.

 Il faut donc peut-être envisager une autre piste jamais tentée et que j’appellerai la « désobéissance sociale ». Celle-ci ne consiste pas à désobéir aux lois mais aux injonctions sociales et à toutes les catégories de pensée qui s’y rattachent. La désobéissance sociale consiste en une action individuelle qui rejette jusqu’à l’idée d’action collective concertée, c’est-à-dire aux catégories de pensée telles que les partis, les associations, les manifestations, ou même la négociation avec les pouvoirs en place. Sans relever de la désobéissance sociale, le mouvement des Gilets Jaunes en a cependant donné spontanément un aperçu en refusant d’être représenté par une direction. Nous avons pu alors constater la stupeur et le désarroi du gouvernement.

Mais il ne s’agit pas du tout, ici, de s’inspirer des Gilets Jaunes, qui agissent malgré tout selon les anciennes catégories de « manifestation », de regroupement, éventuellement de violence. Il s’agit de développer une philosophie qui permettrait à chacun, à son niveau, de s’extraire du carcan de ces fameuses injonctions sociales (sur lesquelles je reviendrai plus précisément) pour agir quotidiennement de manière à enrayer la dynamique délétère de notre système. Ne plus acheter tel ou tel type de produit, ne plus accepter de travailler à outrance, ne plus consommer de manière « aveugle », élever ses enfants avec un esprit critique, à la limite ne plus voter. A chacun de voir. Nous faisons déjà tous plus ou moins tout cela, je le sais, mais il nous manque un cadre cohérent, une philosophie de la désobéissance et du respect de soi pour provoquer un véritable changement.

On dira que c’est une utopie. Je ne le crois pas. L’écologie elle-même était encore, il y a vingt ou trente ans, une utopie qui s’attirait immanquablement les moqueries. Aujourd’hui, elle régente et contraint le monde entier. Or, si elle a réussi, ce n’est pas à coup de manifestations et d’actions, mais parce qu’elle a su se construire comme une véritable philosophie de vie que chacun peut adopter dans sa vie quotidienne.
Voilà donc ce que je veux tenter de présenter ici : une philosophie de la « désobéissance sociale », avec des outils concret, des concepts, des perspectives nouvelles.

 Certes, un tel concept pourra de prime abord paraître très contre-intuitif. Comment peut-on agir sans compter sur le grand nombre, sans se rassembler, sans se concerter, sans une « direction » ou une « représentation », et sans même envisager de négocier avec les pouvoirs auxquels il s’agit de s’opposer ?

Je vais évidemment m’appliquer à répondre à ces questions. En commençant par présenter un autre concept : « l’individualisme solidaire ».

 

[1] La Boétie, Discours de la servitude volontaire


Articles similaires

Illustration : Chambre à New York (détail), Edward Hopper

Derniers articles

Catégories

Réalisation & référencement Créer un site internet de psychologue

Connexion

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'installation et l'utilisation de cookies sur votre poste, notamment à des fins d'analyse d'audience, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée.