A priori, rien de plus simple que de passer un petit coup de fil. Et pourtant, ce geste anodin n’est pas à la portée de tout le monde. A une époque où le téléphone constitue littéralement un prolongement de soi, et où la « nomophobie » (1)  (peur de se retrouver sans téléphone) préoccupe le plus grand nombre, la phobie du téléphone touche étrangement une part non négligeable de la population.

Les témoignages

« Quand je dois téléphoner à quelqu’un que je ne connais pas, par exemple un médecin, je me met à trembler. Je remets à plus tard. Puis, quand j’y suis obligé, je m’isole dans une pièce, je tourne en rond, j’écris ce que j’ai à dire sur un papier, je l’apprends par coeur, et parfois je me lance. C’est une vraie torture et ça me pose des problèmes dans ma vie professionnelle. » - Louis, 30 ans

 

« Un garçon à qui j’ai envoyé un SMS m’a appelé mais j’ai eu peur de lui parler et je n’ai pas décroché. Je lui ai dit par texto que je ne pouvais pas lui parler, sans dire que j’avais peur de parler au téléphone. Du coup ça ne s'est pas fait. » - G., 17 ans

 

« Je ne réponds que très rarement aux appels. Je communique presque exclusivement par textos. Donc, pour les rendez-vous, je demande à mon conjoint de répondre ou d’appeler à ma place. » - Serena, 27 ans

D'où ça vient ?

Une étude britannique datant de 2013 et réalisée auprès de 2500 employés de bureau révèle que 94% d’entre eux préfèrent communiquer par courriel (2). Même s’il n’existe pas de chiffres officiels, on peut estimer que plusieurs millions de Français sont concernées, à un degré ou un autre, par la phobie du téléphone. 

Des chercheurs en psychologie ont tenté de comprendre cette étrange réticence à téléphoner (3) et ont identifié plusieurs facteurs : peur de déranger, peur d’être ridicule et d’être jugé, timidité, peur d’improviser, absence du langage corporel pour appuyer son discours, impossibilité de décoder visuellement ce que l’interlocuteur pense vraiment. Des facteurs qui laissent à penser qu’il suffirait de s’entraîner à téléphoner ou même de se parler à soi-même avant d’appeler, pour résoudre le problème. Pas si sûr, même si quelques conseils de bon sens peuvent malgré tout être utiles (4). 

Le point de vue existentiel

Mon analyse

Si vous éprouvez des difficultés à décrocher votre téléphone, vous avez probablement des traits fusionnels, ou du moins vous avez tendance à vous vivre implicitement comme « un enfant dans un monde d’adulte ». Par exemple, vous avez sans doute cette désagréable impression que les autres paraissent « toujours plus adultes que vous ». Il n’est donc pas étonnant que vous ayez peur de déranger et de ne pas être à la hauteur. Après tout, est-ce qu’un enfant téléphonerait à un médecin pour prendre rendez-vous, ou à une administration pour obtenir des renseignements ? 

Mes conseils

Il s’agit donc avant tout d’accepter votre statut d’adulte. Mais plutôt que de vous entraîner à téléphoner (ce qui, à mon sens, est contre-productif), il serait préférable d’entreprendre un travail de fond sur votre capacité à vous affirmer. Je vous propose ci-dessous quelques exercices de vie très simples.

(NB : les exercices présentés sont indicatifs et ne constituent que des exemples d'un travail en thérapie existentielle beaucoup plus élaboré. Pour en savoir plus sur la thérapie existentielle je vous conseille vivement de consulter l'onglet Thérapie existentielle.)

1. Apprenez à défendre votre point de vue personnel

Si vous avez peur de téléphoner, vous avez aussi très probablement tendance à vous mettre en retrait dans les discussions entre amis ou entre collègues, à être davantage celui qui écoute que celui qui parle. Votre travail va donc consister à vous mettre davantage en avant, à défendre de plus en plus souvent votre propre point de vue. Pas besoin, pour cela, d’être expert dans un domaine particulier ou un champion de culture générale. Il vous suffira, par exemple, d’exprimer plus clairement vos désirs et vos choix concernant par exemple le restaurant où vous voulez aller, ce que vous voulez manger ou faire, etc. L’essentiel sera d’apprendre à exprimer systématiquement ce que vous voulez faire au lieu de vous contenter de suivre les autres.

2. Abandonnez vos habitudes héritées de l’enfance

Le fait de conserver des habitudes liées à l’enfance ne facilite évidemment pas l’acceptation de son statut d’adulte. Parmi ces habitudes, on note souvent le fait de posséder un doudou, de sucer son pouce, de dormir avec une veilleuse, de donner son linge à laver à sa mère… Ici, le travail est simple : mettez votre doudou dans un placard, apprenez à dormir dans le noir, faites votre lessive. Ne vous y trompez pas : le renoncement à vos anciens rituels n’a rien d’anodin et vous permettra d’opérer, tant symboliquement que concrètement, un changement très profond. 

3. Adaptez vos vêtements à votre statut d'adulte

Dans votre désir de vous dissimuler à vous-même que vous êtes devenu adulte, peut-être avez-vous pris l’habitude de porter des vêtements neutres, amples, passe-partout, bref, des vêtements qui dénient plus ou moins les formes du corps adulte. Le travail va donc consister, dans un premier temps à questionner vos choix vestimentaires et à les faire évoluer. Il n’y a évidemment pas de règles en la matière : à vous de voir, selon vos goûts, quels vêtements vont vous permettre d'assumer plus ouvertement un corps adulte.

Notes et références

Illustration : Chambre à New York (détail), Edward Hopper

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