Géopolitique du mensonge : le "fact-fucking"

Le mensonge est partout, rien de nouveau sous le soleil. Tous les États du monde espionnent, dissimulent, mentent. Cependant, on constate dans les déclarations de certains chefs d’État et de leurs porte-paroles l’émergence d’une forme de discours particulier que je nommerai, faute de mot existant, le « fact-fucking (littéralement : s’en foutre des faits, déni radical du réel). Une vraie pathologie politique.

Définition et exemples

            La formulation de ce néologisme de « fact-fucking » s’impose ici en anglais du fait que son champion le plus évident est l’Américain Donald Trump. Nous savons tous que cet homme infantile est capable de dire à peu près tout et n’importe quoi sans aucun égard pour les faits et le réel. Cela dit, notons qu’un autre chef d’État, B. Netanyahu (de son vrai nom Mileikowsky), ainsi que ses défenseurs, abusent aussi du fact-fucking. Pour exemple, l’ambassadeur israélien en France a récemment nié la destruction d’un couvent au Liban par l’armée israélienne, alors même qu’on lui montrait les images vidéo (1). Nous connaissons tous beaucoup d’autres exemples de ce genre concernant, par exemple, le génocide à Gaza, la famine, les assassinats de civils, etc. Les chaînes de télévision d’extrême-droite comme CNews, BFM, Europe 1 en sont d’ailleurs coutumières.

Mais ce qu’il faut absolument souligner ici, c’est que le fact-fucking, ce n’est pas simplement du mensonge. En effet, le menteur prend toujours soin de ménager les apparences ; il fait en sorte que ce qu’il dit soit plausible. Or, ce n’est pas du tout le cas avec le fact-fucking. Ainsi, vous aurez beau constater que les Gazaouis meurent de faim, on vous assurera contre toute évidence que c’est le contraire et qu’ils grossissent. Le fact-fucking se distingue donc bien du mensonge (bien qu'il nie la réalité), mais aussi de ses déclinaisons comme la propagande, la désinformation, la dissimulation, ou encore le travestissement de la réalité. Il est un déni radical, délibéré et assumé du réel.

Le point de vue psychologique

Que peut encore dire la psychologie du fact-fucking (s’en foutre du réel) ? D’abord, que c’est un phénomène normal et bien connu chez le petit enfant de 4 ou 5 ans, lequel pourra affirmer crânement qu’il n’a rien fait alors qu’il a encore la main dans le pot de confiture. Il faut préciser que les enfants de cet âge, du fait de leur immaturité cognitive, ne sont pas encore capable de mentir. (voir note 2) Par ailleurs, le fact-fucking est aussi un phénomène que l’on observe classiquement dans les crises psychotiques, les délires, la mythomanie sévère ainsi que certaines atteintes cérébrales transitoires.

Le point de vue géopolitique

Alors qu’en est-il de ce phénomène quand nous n’avons plus affaire à des enfants de 4 ans ni à des patients délirants, mais à des personnes en charge des affaires d’un État ?

Dans ce cas de figure, nous assistons tout simplement à une régression due à une « faillite du mensonge ». Je m’explique. Prenons le cas des États-Unis ou de l’État israélien, les deux seuls États du monde qui pratiquent le fact-fucking. Il se fait qu’à cause de contradictions répétées entre leurs engagements et leurs actes, les dirigeants de ces pays en sont réduits à constater que leur crédibilité est désormais nulle. En effet, plus personne ne leur accorde aujourd’hui la moindre confiance. Or, dès lors qu’ils ne peuvent plus mentir et qu’ils s’interdisent par extrémisme de revenir à la raison, il ne leur reste plus que la négation pure et simple du réel. A ce sujet, je me souviens de la stupéfaction des porte-paroles de l’armée israélienne, après le 8-Octobre, qui n’en revenaient pas que les journalistes leur demandent des preuves de leurs affirmations (clairement mensongères), persuadés qu’on les croirait sur parole…

Le signe avant-coureur d’un effondrement ?

Les plus cyniques diront sans doute : « Après tout, en diplomatie tous les coups sont permis, non ? » Sauf qu’en l’occurrence, il s’agit ici de « coups contre son camp ». Le recours de certains États au fact-fucking est indéniablement un signe de faiblesse et même le symptôme d’un délitement politique. Qu’on en juge : même la Corée du Nord, qui recourt comme tous les autres pays au mensonge d’État, ne fait pourtant jamais de fact-fucking. Pas plus que l’Iran, la Russie, la Chine, ou encore l’Union soviétique en son temps….

On peut parler de pathologie car lorsque des États nient ouvertement le réel en lui opposant des « faits imaginaires » (la fameuse réalité « alternative ») - comme le font actuellement les États-Unis de Trump ou l’Israël sioniste - ils trahissent bien malgré eux un début d’effondrement intérieur, aussi bien moral que politique - et peut-être bien un effondrement général.

Menace sur le droit international

En tant que fuite en avant, le fact-fucking conduit très logiquement les fact-fuckers à tenter de démanteler le droit international, en s’attaquant à l’ONU et à ses institutions, mais également à l’ensemble de la communauté internationale, garante du droit et de la justice. « En attaquant la Cour pénale internationale, les États-Unis poursuivent leur offensive contre le droit. » titre La Croix du 17 juillet 2026. « Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a annoncé le lundi 13 juillet une nouvelle « campagne » visant à démanteler l’institution ayant émis un mandat d’arrêt concernant Benyamin Netanyahou. » (3) Tout cela relève d’un calcul géopolitique désespéré, sinon subdélirant : puisque le réel ne veut pas plier (les faits sont têtus, n’est-ce pas ?), alors les fact-fuckers pensent qu’il suffira de transformer leurs crimes en vertus en démantelant les institutions mandatées pour dire le droit, la justice et le réel.

Certes, nous n’en sommes pas encore tout à fait là (pas encore). Mais nous devons résister à présent à ces États en voie d’effondrement, à ces médias et à ces gouvernants qui travaillent au démantèlement du droit, de la justice, de la liberté d’expression et de la démocratie.

Post-scriptum : une alerte

A noter que cet article n’est qu’une ébauche de ce qu’est le fact-fucking. Il va de soi que celui-ci repose sur des structures d’État, des officines troubles, des relais illégaux, etc., bref des institutions officielles ou pas qui interviennent sur la nature des informations relayées par les médias, qui s’attaquent à leurs détracteurs, ou encore qui font disparaître les informations elles-mêmes. Ainsi par exemple, pour reprendre le cas de fact-fucking de Joshua Zarca, l’ambassadeur israélien, dans l’affaire de la destruction du couvent libanais, une simple recherche en ligne montre qu’il n’en reste plus beaucoup de traces sur internet. Où sont donc passées les images et les interviews ? Effacées ? Cela est fort probable, mais quand on efface ses traces, c’est bien qu’il y a eu crime, non ?

Notes et références

(1) Vidéo du fact-fucking de l’ambassadeur israélien face aux images de la destruction totale d’un couvent au Liban. https://www.youtube.com/watch?v=o54Vju6hZDg - https://www.liberation.fr/checknews/sud-liban-les-images-qui-prouvent-la-destruction-du-couvent-de-yaroun-par-larmee-israelienne-20260506_HIKPGFXTERDUJMGL3S6GIEM7AY/ - A signaler que la plupart des vidéos montrant le fact-fucking de l’ambassadeur israélien sur le couvent libanais, sont « indisponible » ou introuvable…

(2)  Pour ^etre capable de mentir, les enfants doivent d'abord acquérir (vers 5-6 ans) ce que les psychologues appellent « la Théorie de l’esprit » et qui se manifeste par la prise de conscience que leur esprit est « privé ». Ils deviendront alors capables de dissimulation. 

(3)  La Croix : https://www.la-croix.com/international/en-attaquant-la-cour-penale-internationale-les-etats-unis-poursuivent-leur-offensive-contre-le-droit-20260717

Écrivez votre article ici...


Articles similaires